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 LES
MAISONS EN AUGE OU TORCHIS.
Bresse, en Normandie et dans beaucoup de pays, on peut voir des
habitations rurales centenaires faites en bauge ou torchis.
Ces constructions rudimentaires sont solides et saines, faciles
à édifier et à réparer.
La seule condition pour faire économiquement une maison en
torchis est d'avoir des perches de bois de 6 à 10 cm de
diamètre, des branches, des lianes, de la paille ou du gros
foin, des roseaux ou joncs et, enfin, de la terre forte ou
argileuse.
Tous ces matériaux sont d'un extrême bon marché à la campagne ;
leur mise en œuvre ne demande qu'une serpe, un marteau, une
pelle, une fourche et une truelle ;
quelques clous ou pointes, et c'est assez.
Pour faire une maison durable en torchis, il faut l'asseoir sur
un soubassement en pierres, de façon à mettre le torchis à
l'abri de l'humidité du sol.
Pour cela, préparez d'abord de gros pieux ayant pour longueur :
0 m. 25 d'enfoncement dans le sol ;
0 m. 25 de hauteur du soubassement ;
2 m. 60 de hauteur des chambres ;
0 m. 15 de hauteur du plancher ;
3 m. 25 total environ.
Ces pieux sont appointis d'un bout et charbonnés, c'est-à-dire
brûlés, superficiellement, sur un feu clair de broussailles, sur
une longueur suffisante pour que la partie brûlée dépasse de
quelques centimètres la hauteur du soubassement de maçonnerie,
soit de 60 cm environ au-dessus de la pointe, ce qui les
préservera de la pourriture rapide.
Plantez ces pieux dans le sol à 1 mètre environ les uns des
autres, bien verticalement et bien alignés, en mettant les plus
gros dans les angles du bâtiment, où ils sont nommés poteaux
corniers, et en bordure des portes et des fenêtres.

Soubassements et murs.
Faites maintenant le soubassement avec des pierres plates ou
tous autres matériaux résistant à l'humidité, de façon que la
partie inférieure des pieux soit prise dans le milieu de ce
soubassement qui devra être établi sur la terre solide et
formera une sorte de fondation de la maison, comme le montre la
figure ci-jointe.
Ensuite, entrecroisez, du haut en bas, des pieux, des perches,
des branches, des lianes, que vous attachez aux pieux avec des
liens de paille, des cordes, des osiers. des fils de fer ou tout
autre moyen.
Vous pouvez aussi les clouer, mais dans les anciens temps les
pointes et clous étaient rares et chers, et les paysans savaient
fort bien s'en passer, en les remplaçant par des liens
rustiques.
Vous formez ainsi sur toute la surface des murs du bâtiment,
ainsi que sur les cloisons séparatives des chambres, une sorte
de puissante claie dans laquelle vous réservez les ouvertures
des portes et des fenêtres.
Il faut entrelacer des brindilles et des lianes de façon que la
claie soit bien serrée et qu'il n'y ait pas plus de 15 cm. d'un
branchage à l'astre.
Mortier de remplissage.
Quand ce clayonnage est terminé, préparez le torchis en faisant
un mortier de terre argileuse dans lequel vous incorporez de la
paille ou du gros foin ou des roseaux, etc., coupés à. 0 m. 50
environ de longueur.
Prenez ce mortier avec la fourche et jetez-le sur les claies en
l'y faisant pénétrer et en l'entrelaçant avec les mains au
travers des branchages.
On peut aussi prendre de longues pailles, les tremper dans le
mortier et les entrelacer avec les mains dans les perches des
claies.
Quand tous les vides sont bien remplis, on ragrée avec du
mortier argileux jeté et lissé à la elle.
Dans ce mortier on mêle du foin, de la paille ou des roseaux et
joncs hachés à 0 m. 05 ou 0 m. 10 de longueur de façon à bien
lier l'enduit de terre argileuse.
Les remplissages en torchis se font de même dans des pans de
bois constituant toute l'ossature du bâtiment;
ces pans de bois font assemblés à tenons et mortaises ou avec
boulons et pointes.
Ils reposent sur des soubassements en maçonnerie.
Plafond, plancher et couverture.
Les plafonds et le hourdissage des planchers peuvent être faits
de la même bauge ou torchis.
Les murs ainsi constitués ont environ 0 m. 15 à 0 m. 18
d'épaisseur.
Quand ils sont bien remplis de torchis bien tassé et lissé, ils
durent fort longtemps, sont sains et protecteurs du froid et de
la chaleur.
On fait reposer les solives du rez-de chaussée sur le
soubassement ers pierres qui les isole du sol.
Les constructions en torchis se couvrent avec des matériaux
légers, chaume ou ardoise, posés sur une charpente faite de
grosses branches équarries à la hache.
Les maisons en torchis doivent avoir des toitures débordantes
pour préserver les murs de la pluie.
Crépis extérieur et intérieur,
Les murs en bauge ou torchis sont, une fois bien secs, crépis en
dehors au mortier de chaux et à l'intérieur enduits de plâtre,
de façon à donner à la modeste masure, qui est, du reste, très
solide, l'aspect d'une honnête maison bourgeoise.
En cas d'accroc dans les murs de torchis. la réparation est
facile avec quelques poignées de terre glaise mélangée de paille
coupée.
Un torchis bien fait ne doit pas laisser de bois apparent, sauf
les poteaux corniers que l'on peut aussi cacher en laissant
dépasser un peu les claies, de façon à bien soutenir le torchis
aux angles du bâtiment.
Le dessin ci-joint montre une partie de l'ossature d'une de ces
maisons très faciles à construire soi-même.
René CHAMFLY. |