|
De la truitelle à la
truite de portion.
Il
s'agit maintenant de transformer cette truitelle de 10 à 15 grammes en
une portion c'est-à-dire une truite vendable du poids de 125 à 150
grammes, le meilleur pour le commerce.
Cette dernière phase de l'élevage va, d'après regretté professeur Léger,
nous coûter en un an 1 kilo de nourriture par truiteportion.
|
 |
Le
travail est sérieux, car nous n'avons en
pratique devant nous qu'un printemps et un été
(périodes favorables à là croissance) pour
décupler le poids dé nos élèves.
S'il est facile de nourrir, indirectement, par
épandage de fumier ou d'engrais
chimiques, un troupeau de carpes qui consomment
du plancton animal ou végétal et des pousses de
végétaux, le problème, lorsqu'il s'agit de
truites, carnassières par nature, est tout
différent.
La truite mange : des proies vivantes, de la
viande ou du poisson, une petite quantité de
farineux (en complément).
Voilà qui va singulièrement modérer notre envie
de faire fortune en élevant sans peine des
milliers chimériques de truites à 600 francs le
kilo!
Nous allons être freinés non par la notion
d'espace - un are d'étang moyen suffit à peine à
l'alimentation d'une truite privée de tout
appoint de nourriture - mais par lé prix de
revient de la viande.
|
|
 |
Prenons
un exemple concret :
Nous pouvons avoir 200 truites arc-en-ciel à
l'engrais dans un petit bassin de 10 m2
et d'un mètre de profondeur.
L'eau pure et fraîche arrive dans le bassin à
raison de 20 litres par minute.
Un litre-minute pour 10 truites, il nous faudra
trouver 200 kilos de nourriture dans cette année
d'élevage.
Sur cette masse, il est à craindre que la
récolte, pour abondante et intéressante qu'elle
soit en vers, larves, insectes, limaçons,
têtards, faite au jardin, dans les champs ou à
la mare voisine, n'y suffira pas.
Ajoutons à cela pour les mois d'été une
fabrication active d'asticots de viande, très
appréciés et nous serons encore loin du compte.
|
|
Donnez
comme proies de petits poissons sans valeur,
tels que vairons, n'est pas une
solution, car ce poisson nourriture devra
lui-même se nourrir, en attendant d'être croqué,
au détriment des truites.
Il faudra recourir, un jour ou l'autre, à la
viande hachée et particulièrement aux abats.
Or cette viande doit être fraîche, crue, exempte
de graisses, de nerfs ou de tendons.
Elle ne peut être prélevée sur la consommation
humaine.
|
|
 |
Dans
l'élevage industriel il existe une solution.
C'est la viande d'équarrissage, chauffée à
l'autoclave pendant 15 minutes, mise en purée
par passage dans un hachoir fin, puis conservée
dans une armoire frigorifique.
À cette viande réduite en chair à saucisse, on
ajoute normalement le tiers de son poids d'une
farine de seigle, de maïs ou autre.
Si la viande fraîche fait défaut, on peut
utiliser temporairement la viande cuite et salée
qui devra être dessalée à fond avant l'emploi.
|
|
Chaque
cas doit être résolu suivant les possibilités
locales et le prix.
Mais jamais la truite - sous peine de graves
maladies - ne doit pas recevoir de viande
corrompue, autrement que par l'intermédiaire,
très utile cette fois, de l'asticot.
Les repas sont donnés matin et soir à heure
fixe, soit à la volée, soit sur les mangeoires
immergées fixes, à raison de 150 grammes pour
100 truitelles et pat jour.
La ration augmente ensuite de mois en mois au
point d'être portée à 700 grammes en fin
d'élevage.
Il faut savoir limiter les restes au strict
minimum pour éviter corrompre l'eau du bassin.
L'hiver,
période de moindre appétit, nous conduira à ne
donner la ration qu'en une seule distribution,
la grosse augmentation devant
démarrer au printemps.
L'eau,
pendant le plus fort de l'été, ne devra pas
dépasser 18°.
Les précautions contre la hausse de température
consistent à faire de l'ombre sur le bassin, la
truite n'aimant ni la lumière, ni la chaleur.
L'orientation au nord est recommandable.
|
|
|
 |
La
pêche aura lieu en automne en plusieurs
fois, les plus gros sujets d'abord.
Il est rare que les tailles soient parfaitement
égales.
Inutile d'ajouter que le bassin où sont
rassemblés les poissons doit être sévèrement
gardé contre les rôdeurs de toute espèce.
Le bon chien et le fil de fer barbelé sont de
rigueur, plus certaines inventions que l'on peut
faire pour interdire l'approche du bassin une
fois la nuit tombée. |
|
Rustica - 14 Mars 1948.
|